En cette journée froide et venteuse du 23 mars 2008 (au passage, si on m’avait dit qu’on arriverait jusque là…), je dois admettre qu’il existe des occasions où la force s’impose, celle qui vient de l’extérieur, que l’on avait devant soi depuis toujours ou presque et qui tout à coup vous éclabousse de son feu pyrotechnique. Magique, époustoufflant, rageant.
Avant tout, remonter à la source.
L’enfance. Il m’arrivait d’accompagner mes parents dans des cafés et je dois admettre que j’aimais assez. Participer au rituel des adultes, pénétrer des endroits par ailleurs interdits, quelle extase. Et puis, avec un peu de chance, une bonne dose de persuasion, j’obtenais la pièce de 1 francs qui allait me combler. Car au fond de la salle, dans un coin, il y avait Pacman, tapi dans l’ombre, sournois.
Ce jeu là m’a rendu fou quand j’étais gosse et voilà qu’il m’ouvre les yeux sur le monde trente ans plus tard.
Qu’est-ce qu’il raconte l’excentrique de service ? Pacman ? Une ouverture sur le monde ?
Tocard !
T’as qu’à croire.
Il se trouve que ma moitié d’orange a eu l’aimable idée de m’installer Pacman sur ma page d’ouverture Google.
J’y ai gouté, regouté, ai connu en l’espace d’une semaine la même addiction que trente ans plus tôt, avec la cervelle d’un adulte cette fois. La raison m’a rappelé à l’ordre. Mais polloppe ! Kika dit que le gars de service était raisonnable ? Pas moi et le diable m’expliquera comment vous le sauriez, vous !
Donc addictif j’étais, addictif je suis resté.
Mais cette fois, pour une fois devrais-je dire, j’ai compris. Compris quoi ?
J’ai compris que je ne pouvais pas sortir vainqueur de ce jeu, pas comme je le pensais, mais qu’en revanche je pouvais grandir grâce à lui. Et comment, vous dîtes vous ?
Pacman est d’une intelligence extraordinaire, au premier sens de ce terme. Pacman est au jeu ce que le judo est au sport. Dans le judo, on se sert de la force de l’adversaire. Pacman se sert pour vous vaincre de votre envie de gagner, et surtout de votre envie de gagner le plus possible. Car les petits fantomes qui vous courrent après dans le jeu sont simples à leurrer. Ce qui vous fait perdre, c’est de vouloir les croquer tous les quatre, parce que c’est ce qui vous raportera le maximum de points. Deuxième élément casse gueule : la cerise ou la fraise, qui apparaît de temps à autre, sournoisement, et qui vous fera gagner encore plus de points, mais qui en réalité est là pour vous dérouter de votre plan initial et vous mener à votre chute. Quel cerveau a pu sortir un jeu d’une telle simplicité et d’une telle intelligence !
Pacman vous montre que pour durer dans ce jeu, il faut abandonner l’idée de gagner le plus possible. Il vous indique quel est votre niveau de compulsion, d’addiction. A quel point vous avez, ou non, un comportement névrosé face à l’accumulation de choses dont vous n’avez pas besoin. Car au fond, pour jouer, il suffit de s’amuser, pas d’être le meilleur. Pas d’accumuler le maximum de points. J’ai pris une calotte.
Et je me suis relevé, comme toujours, jusqu’à ce que la giffle fatale m’emporte. Mais la garce n’est pas prête paraît-il. Et elle n’a qu’à bien se tenir, j’ai décidé de vous inonder de romans passionnants, co-écrits, jusqu’à ce que vous atteigniez l’ivresse.
Mazette ! (ces mots là, Mazette, Poloppe, je les mets pour mon cher beau papa, plus connu sous le nom de “le Dédé”, qui va sur ses quatre saisons et qui aime la poésie des mots fanés) Moi aussi d’ailleurs.
Bref, Tchao Pacman. Merci aux concepteurs, mais j’ai vaincu la bête intérieure.
Chic, chic, demain je me mets à Mario !
Et vive le Dédé.